Intelligence artificielle et photographie professionnelle : mon regard de photographe

L’intelligence artificielle transforme progressivement les métiers de l’image. Faut-il y voir une menace pour les photographes professionnels ou simplement une nouvelle évolution de leurs outils ? En tant que photographe spécialisé dans l’industrie, l’entreprise et la communication, je partage mon expérience et ma manière d’intégrer l’IA à mon travail.

L’intelligence artificielle, une révolution pour la photographie ?

J’ai récemment été interrogé par une journaliste du Républicain Lorrain dans le cadre d’un article consacré à la multiplication des affiches créées à l’aide de l’intelligence artificielle.

Cet échange m’a donné envie de développer mon point de vue sur une question qui revient régulièrement : l’intelligence artificielle va-t-elle remplacer les photographes professionnels ?

Je ne prétends pas connaître l’avenir de notre métier. L’IA évolue rapidement et ses conséquences sur les professions créatives sont encore difficiles à mesurer.

Mais une chose est certaine : elle fait déjà partie de notre quotidien, parfois même sans que nous en ayons pleinement conscience.

Les logiciels que nous utilisons depuis des années, notamment Adobe Photoshop et Lightroom, intègrent désormais de nombreuses fonctionnalités reposant sur l’intelligence artificielle.

Pour autant, utiliser ces fonctionnalités ne signifie pas confier son travail à une machine.

Photo de produit pour un masque grand public fabriqué en france avec une technologie virucide

Photo de Produits : L’IA n’a pas inventé la retouche photographique

C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes lorsque l’on parle d’intelligence artificielle et de photographie.

Aujourd’hui, Photoshop permet de supprimer un objet gênant, de reconstruire un arrière-plan ou de corriger certaines imperfections à l’aide de l’IA générative.

Mais ces opérations existaient bien avant son apparition.

Le tampon de duplication, les outils correcteurs ou encore le remplissage d’après le contenu permettaient déjà d’obtenir des résultats similaires, parfois au prix d’un travail beaucoup plus long.

L’intelligence artificielle n’a donc pas inventé la retouche. Elle a surtout fait évoluer les outils permettant de la réaliser.

Dans mon activité, j’utilise ces nouvelles fonctionnalités lorsqu’elles apportent un véritable gain de temps ou permettent d’obtenir un résultat plus propre.

La suppression de poussières sur une photographie de produit en est un bon exemple. Une opération autrefois fastidieuse peut aujourd’hui être considérablement accélérée.

Il en va de même pour la suppression de certains éléments gênants ou la reconstruction de petites parties d’une image.

Mais l’outil ne décide pas à ma place.

C’est toujours à moi de déterminer ce qui doit être corrigé, de choisir la méthode appropriée et de vérifier que le résultat correspond à mes exigences.

Une retouche réalisée en quelques secondes n’est pas nécessairement une bonne retouche. Elle doit encore être contrôlée, ajustée et parfois entièrement reprise.

Un assistant pour réfléchir, pas seulement pour retoucher

Mon utilisation de l’intelligence artificielle ne se limite pas aux logiciels photographiques.

Je m’en sers également comme d’un outil de réflexion et de brainstorming.

Elle peut m’aider à explorer différentes approches, à confronter des idées ou à envisager des solutions auxquelles je n’aurais pas immédiatement pensé.

Je l’utilise aussi pour analyser certains supports de communication, notamment des affiches, et vérifier leur cohérence.

Un message est-il suffisamment clair ? Les informations sont-elles correctement hiérarchisées ? Le visuel correspond-il à l’objectif recherché ? Certains éléments se contredisent-ils ?

L’IA peut apporter un regard complémentaire sur ces questions.

Cela ne signifie évidemment pas que ses réponses sont toujours pertinentes. Elle peut se tromper, manquer de contexte ou proposer des solutions peu adaptées.

Je la considère donc comme un interlocuteur supplémentaire, dont les propositions doivent être évaluées, et non comme une autorité à laquelle il faudrait se fier aveuglément.

C’est une manière de prendre du recul sur son propre travail, tout en conservant la responsabilité des décisions.

 

Photos d’Entreprise – Retoucher une photographie et inventer une image : deux démarches différentes

L’essor de l’IA générative soulève également une question importante : celle de l’authenticité des images.

Il me semble essentiel de distinguer la retouche d’une photographie existante de la création d’une scène entièrement artificielle.

Dans le cadre d’une photographie publicitaire, certaines modifications peuvent être parfaitement légitimes dès lors qu’elles correspondent au projet et aux attentes du client.

Mais lorsqu’une entreprise me confie un reportage destiné à présenter ses installations, ses collaborateurs ou ses activités, l’objectif est différent.

Il s’agit de montrer une réalité.

Corriger une poussière, ajuster une exposition ou supprimer un élément visuellement gênant n’a pas la même portée que modifier une installation industrielle, inventer une situation de travail ou ajouter des personnes qui n’étaient pas présentes.

La frontière ne dépend d’ailleurs pas uniquement de l’outil utilisé : une retouche traditionnelle peut elle aussi transformer profondément le sens d’une image.

C’est pourquoi je considère que la question essentielle n’est pas seulement de savoir si une image a été retouchée avec l’IA, mais de comprendre ce que cette retouche change à la réalité représentée.

Pour une entreprise, la crédibilité des images utilisées dans sa communication constitue un enjeu important.

Reportage evenementiel

L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer les photographes ?

Cette question me rappelle les bouleversements qu’a connus la photographie avec l’arrivée du numérique.

À l’époque, les nouvelles technologies ont profondément transformé les pratiques professionnelles, les équipements et les attentes des clients.

Certains métiers ont évolué, certaines prestations se sont banalisées et de nouvelles possibilités sont apparues.

L’intelligence artificielle pourrait provoquer des transformations tout aussi importantes, voire davantage.

Il serait illusoire de prétendre qu’elle n’aura aucune conséquence sur le marché de l’image.

Certains besoins pourront être satisfaits par des visuels générés artificiellement, sans nécessiter de prise de vue. D’autres continueront à exiger la présence d’un photographe, notamment lorsqu’il s’agit de documenter une activité réelle, de valoriser des collaborateurs ou de photographier un produit existant.

Je ne vois donc pas l’IA comme une technologie qu’il faudrait systématiquement rejeter, ni comme une solution capable de remplacer toutes les compétences humaines.

Je préfère chercher à comprendre ce qu’elle peut apporter à mon travail, tout en restant attentif à ses limites.

Mon métier reste de créer des images qui ont du sens

En définitive, l’intelligence artificielle me permet principalement de gagner du temps sur certaines opérations, d’explorer des idées et de bénéficier d’un regard complémentaire sur mes projets.

Ce temps gagné peut être consacré à d’autres aspects de mon activité : préparer une prise de vue, affiner un éclairage, échanger avec un client ou travailler davantage la qualité du résultat final.

Les outils continueront à évoluer. Certains deviendront probablement indispensables, comme l’ont été avant eux de nombreuses innovations photographiques.

Mais ma responsabilité de photographe professionnel restera la même : comprendre les attentes de mes clients et produire des images pertinentes, maîtrisées et adaptées à leurs objectifs.

 

L’intelligence artificielle peut m’aider à travailler autrement. Elle ne remplace ni mon regard, ni mon expérience, ni les décisions que je prends derrière l’appareil photo.

 


 

Denny Hohmann – Photographe professionnel DHphoto

Spécialisé dans la photographie industrielle, corporate, publicitaire et de produit, j’accompagne les entreprises dans la création d’images destinées à valoriser leurs activités, leurs équipes et leurs savoir-faire.

 

Retrouvez également mon intervention dans l’article du Républicain Lorrain consacré aux visuels générés par intelligence artificielle.

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